1. À quoi sert le remplissage ?
Un gazon synthétique de football comprend généralement deux remplissages :
- le sable, posé en premier, qui leste le gazon et le maintient en place ;
- le remplissage de performance, au-dessus, qui apporte l'amorti, limite la rotation excessive du pied et aide les fibres à rester droites.
C'est ce second remplissage qui fait l'objet des choix et des débats.
2. Le SBR : la solution historique
Le SBR est issu du broyage de pneus usagés. Il est noir, économique et performant sur le plan de l'amorti.
Ses limites :
- il chauffe beaucoup au soleil, en raison de sa couleur noire ;
- il peut dégager une odeur par forte chaleur ;
- sa composition a soulevé des questions sanitaires, notamment sur certaines substances (HAP) ; l'Union européenne a fixé des limites de concentration pour ces substances dans les granulats ;
- c'est un microplastique susceptible de se disperser hors du terrain.
Les évaluations des agences sanitaires européennes ont jugé le risque faible, tout en encadrant la composition. Pour un projet, il est recommandé d'exiger des granulats conformes aux réglementations en vigueur.
3. L'EPDM et le TPE : des granulats neufs
L'EPDM est un caoutchouc synthétique neuf, disponible en plusieurs couleurs (vert, beige, brun). Il est plus stable et plus homogène que le SBR, et ses couleurs claires chauffent moins.
Le TPE (élastomère thermoplastique) est également un granulat neuf, souvent présenté comme plus facilement recyclable.
Ces deux solutions coûtent plus cher que le SBR. Elles sont souvent choisies pour les terrains d'écoles, de collectivités ou de clubs sensibles à l'image et au confort.
4. Les remplissages organiques
Ils sont d'origine végétale :
- le liège, léger et frais ;
- la fibre de coco, souvent mélangée au liège ;
- les noyaux d'olive broyés, une ressource particulièrement intéressante dans un pays oléicole comme le Maroc.
Atouts : une surface plus fraîche, pas de microplastique, une image environnementale positive.
Limites : ces matériaux ont besoin d'une certaine humidité pour bien fonctionner, peuvent se dégrader, se déplacer avec l'eau ou le vent, et demandent un entretien plus attentif, avec des recharges plus fréquentes. Leur comportement doit être validé pour le climat du site.
5. Le contexte réglementaire européen
En 2023, l'Union européenne a adopté une restriction sur les microplastiques ajoutés intentionnellement, qui vise notamment les granulats de remplissage des terrains synthétiques, avec une longue période de transition avant l'interdiction de leur mise sur le marché.
Cette réglementation ne s'applique pas directement au Maroc. Mais elle oriente les fabricants vers de nouvelles solutions : remplissages organiques, systèmes avec moins de granulats, ou gazons sans remplissage de performance. Pour un terrain prévu pour durer dix ans, c'est une tendance à prendre en compte.
6. Limiter la dispersion des granulats
Quel que soit le remplissage, on peut réduire les pertes :
- des bordures et des planches de seuil autour du terrain ;
- des grilles et tapis de décrottage aux sorties ;
- des filtres sur les regards du réseau de drainage ;
- une zone de brossage dédiée, pour récupérer les granulats ;
- la sensibilisation des joueurs pour secouer chaussures et vêtements sur place.
7. Tableau comparatif
| Remplissage | Amorti | Chaleur | Entretien | Coût relatif |
|---|---|---|---|---|
| SBR | Très bon | Élevée | Standard | Le plus bas |
| EPDM | Très bon | Moyenne | Standard | Élevé |
| TPE | Bon à très bon | Moyenne | Standard | Élevé |
| Organique (liège, coco, olive) | Bon | Plus faible | Plus exigeant | Moyen à élevé |
8. Comment choisir ?
- Pour un terrain scolaire ou une collectivité sensible à la santé et à l'image : EPDM, TPE ou organique.
- Pour un terrain de location à budget serré : SBR conforme, avec une bonne gestion de la chaleur et de la dispersion.
- Pour un projet tourné vers l'avenir : étudier les systèmes à remplissage organique ou réduit.
Dans tous les cas, utilisez toujours le même remplissage pour les recharges.


